La Fédération allemande de football (DFB) a officialisé, vendredi 24 juillet, la nomination de Jürgen Klopp au poste de sélectionneur de l’équipe masculine. Le technicien de 59 ans, qui a signé un contrat de quatre ans, devrait diriger la Mannschaft pour l’Euro 2028 et le prochain Mondial, organisé en Espagne, au Portugal et au Maroc en 2030. « C’est un jour très très particulier pour moi. Un immense honneur », a réagi l’intéressé en conférence de presse, soulignant qu’il s’agit du « point culminant de [s]a carrière, de [s]a vie, de [s]a vie professionnelle. »
Jürgen Klopp succède à Julian Nagelsmann, 39 ans, qui avait présenté sa démission après l’élimination allemande en seizièmes de finale de la Coupe du monde, fin juin. La Mannschaft s’était inclinée face au Paraguay à l’issue de la séance de tirs au but (1-1, 3-4 t.a.b.).
Une sortie de route prématurée aux allures de fiasco pour une nation quatre fois titrée dans la compétition, mais dont le dernier sacre remonte à 2014. L’Allemagne reste, depuis, sur trois déroutes de rang, après ses échecs dès le premier tour en 2018 et en 2022. Elle avait aussi été éliminée en huitièmes de finale de l’Euro 2021 et en quarts de l’Euro 2024.
Responsable mondial du football pour Red Bull depuis janvier 2025, Jürgen Klopp conseillait jusqu’ici les dirigeants et les entraîneurs des clubs intégrés au réseau de l’entreprise autrichienne de boissons énergisantes, parmi lesquels le RB Leipzig et le Red Bull Salzbourg, mais aussi le Paris FC, en Ligue 1.
Son arrivée à la tête de la Mannschaft marque sa première expérience dans le football de sélection. Ancien attaquant puis défenseur, principalement sous les couleurs de Mayence en deuxième division allemande, Jürgen Klopp n’a jamais porté le maillot de l’équipe nationale. Mais sa nomination s’inscrit dans la logique d’un parcours bâti sur la reconstruction de collectifs fragilisés.
Puissant sentiment collectif
Sa carrière d’entraîneur débute sans transition en février 2001. Alors que Mayence est menacé de relégation et qu’il est blessé, la direction du club lui propose de prendre le banc. Jürgen Klopp, 33 ans, raccroche les crampons et entraîne ses coéquipiers. Il obtient le maintien puis conduira le club à la montée en Bundesliga en 2004, la première de son histoire, avant une nouvelle relégation en 2007.
Ce premier passage réussi fonde sa réputation et façonne ses principes de jeu. Jürgen Klopp gagne l’adhésion de ses joueurs par son énergie, associe le travail tactique à un puissant sentiment collectif et installe une identité reconnaissable, fondée sur la défense en zone, le pressing coordonné et des transitions rapides.
Recruté par le Borussia Dortmund en 2008, il conteste la domination sportive et économique du Bayern Munich. Il transforme un club aux moyens limités en champion d’Allemagne (2011, 2012) et en finaliste de la Ligue des champions (2013). Il s’appuie sur un effectif jeune – Mats Hummels, Marcel Schmelzer, Mario Götze, İlkay Gündogan, Robert Lewandowski – et exige une intensité de tous les instants.
C’est cependant à Liverpool, qu’il rejoint en octobre 2015, que son empreinte est la plus profonde. Après avoir promis de transformer les supporteurs de « sceptiques en croyants », il réinstalle le club anglais parmi les meilleures équipes européennes. Liverpool remporte la Ligue des champions en 2019 et en dispute deux autres finales sous ses ordres, en 2018 et en 2022.
Le « Normal One », comme il s’était lui-même présenté avec humour à son arrivée sur les bords de la Mersey, décroche aussi, en 2020, un titre de champion d’Angleterre que le club attendait depuis trente ans. Après neuf saisons, Jürgen Klopp quitte Liverpool en mai 2024, « à court d’énergie ».
« Mieux jouer au football »
Son parcours en a fait un spécialiste des équipes en quête de repères. A chaque étape, il a restauré la confiance et recréé une identité collective avant d’imposer un football fondé sur le contre-pressing (« gegenpressing »), la verticalité et l’intensité des courses. Son humour, ses embrassades et ses célébrations rageuses ont souvent éclipsé, dans l’image publique, ses exigences draconiennes et ses débordements contre l’arbitrage, plusieurs fois sanctionnés.
Au chevet de l’Allemagne, Jürgen Klopp retrouve, à l’échelle d’un pays, une mission familière. Son contrat lui laisse quatre ans pour peser dans un contexte où la formation des joueurs et la gouvernance de la fédération sont critiquées. Présentant l’équipe qui va l’accompagner, le nouveau sélectionneur a exposé, vendredi, sa volonté de mener une réforme profonde du football allemand : « Il ne s’agit pas uniquement de l’équipe A, même si c’est la tâche première : évidemment, il s’agit de mieux jouer au football avec les joueurs que nous avons sous la main, et idéalement de travailler tous ensemble pour qu’au final nous en ayons encore beaucoup [d’autres] (…) à disposition. »,
Jürgen Klopp a surtout appelé à une union sacrée, mettant en avant la nécessité que médias et supporteurs soient eux aussi mobilisés autour de la Mannschaft.