Culture

« Gavagai, et autres malentendus », l’histoire d’une passion incomplète

« Gavagai, et autres malentendus », l’histoire d’une passion incomplète

L’AVIS DU « MONDE » - À VOIR

L’AVIS DU « MONDE » - À VOIR

L’œuvre d’Ulrich Köhler est l’une des plus imprévisibles au sein de l’école dite « berlinoise », génération de cinéastes qui a éclos depuis l’an 2000 – un mouvement qui a bien évolué depuis l’objectivisme aride de ses débuts. Qu’il imagine la dislocation d’une famille (Montag, 2006) ou tout simplement la fin du monde (In My Room, 2019), Köhler exerce un regard de biais, observant dans la société actuelle tout ce qui, en elle, grince, coince, se crispe.

Gavagai, et autres malentendus ne déroge pas à la règle, bien qu’il se range plus ouvertement du côté de la comédie, mais une comédie sotto voce, qui n’exclut ni la douleur ni la gravité. Köhler, qui a grandi au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo), revient au thème postcolonial quinze ans après La Maladie du sommeil (2011, inédit en France), tourné au Cameroun, déjà avec Jean-Christophe Folly et Nathalie Richard au générique.

Sur les rives de Dakar, l’on tourne une Médée sénégalaise, qui s’enlise à cause des emportements de sa réalisatrice française tyrannique, Caroline (Nathalie Richard) – sous les traits de laquelle on devine un double de Claire Denis. Au milieu de ces atermoiements, une liaison naît entre les deux principaux acteurs, Maja (Maren Eggert) et Nourou (Jean-Christophe Folly), elle allemande blanche, lui français noir d’origine sénégalaise, alors même qu’ils interprètent devant la caméra un couple qui se déchire. Quelques mois plus tard, ils se trouvent de nouveau réunis à Berlin pour la première du film. L’attraction est toujours présente, mais déplacée sur un autre terrain. De plus, à son arrivée à l’hôtel, Nourou est victime, de la part d’un vigile, d’un préjugé raciste, qui va brouiller un peu plus le tableau.

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