Le rebondissement a eu lieu mercredi 22 juillet à la mi-journée. La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, a finalement « accepté de poursuivre sa mission à la demande » d’Emmanuel Macron, « qui l’a assurée de son soutien », a fait savoir son cabinet à l’Agence France-Presse. En début de matinée, la ministre avait annoncé qu’elle « présenterai[t] » sa « démission au président de la République aujourd’hui », après l’adoption définitive par le Parlement d’une mesure controversée sur les pesticides à laquelle elle s’opposait.
Mais le chef de l’Etat « ne l’a pas acceptée ». Monique Barbut a donc accepté de rester au gouvernement « face à l’urgence d’agir contre les conséquences du changement climatique qui frappent durement [le] pays et pour répondre aux enjeux de santé environnementale », a-t-on ajouté de même source, tout en assurant qu’elle avait « confirmé son désaccord sur la version définitive du projet de loi d’urgence agricole ».
« Contrairement aux engagements qui m’avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure, pourtant souhaitée également par les députés », avait écrit Monique Barbut mercredi matin dans un message publié sur LinkedIn, estimant que « ce revirement constitue (…) le recul environnemental de trop ».
Le Parlement a entériné mardi le projet de loi d’urgence agricole du gouvernement, qui comporte notamment la réintroduction, à titre dérogatoire, de certains pesticides autorisés dans l’Union européenne mais interdits en France. Le texte prévoit la possibilité donnée à l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) de réintroduire sous condition l’acétamipride et le flupyradifurone pour une poignée de filières en difficulté, dont celles des noisettes et de la betterave.
Plusieurs menaces de départ
« En 2016, la France a fait le choix d’interdire l’acétamipride au nom du principe de précaution, sur la base des expertises scientifiques disponible. (…) Dix ans plus tard, loin d’avoir dissipé les inquiétudes, les études scientifiques continuent d’alimenter les doutes sur ses effets pour la santé humaine et l’environnement », a fustigé Monique Barbut. « Dans ces conditions, le principe de précaution n’a rien perdu de sa pertinence : il s’impose plus que jamais. »
Un an après la forte mobilisation citoyenne contre la loi Duplomb, qui prévoyait le retour de l’acétamipride avant une censure du Conseil constitutionnel, la résurgence de cette option sème toujours la controverse. Des députés du camp gouvernemental avaient suggéré lundi à l’exécutif de la faire retirer par amendement, ce que le gouvernement a refusé.
Diplômée de l’Institut des hautes études internationales de l’Université Panthéon-Assas, Monique Barbut a été présidente de l’ONG environnementale WWF France.
« La politique n’est pas mon monde, et si c’est cela dont il s’agit, elle ne le sera définitivement pas », a expliqué mercredi Monique Barbut, qui avait déjà mis sa démission en jeu en janvier avant de gagner l’arbitrage gouvernemental concernant la réintroduction des projets de recherche d’hydrocarbures dans certains territoires ultramarins.
Sur les budgets alloués à son ministère, Monique Barbut, connue pour son franc-parler, avait également menacé de partir. « Moi, ce que je veux, ce sont de vrais budgets pour l’adaptation et le fonds vert », avait-elle répété. Sans éviter de nouvelles coupes, elle a obtenu le maintien d’un niveau de financement qu’elle jugeait nécessaire.